(Pièce vue précédemment en ces lieux : Sans mentir, il y a longtemps, mise en scène de José Paul (qui joue dans L’illusion conjugale) et Stéphane Cottin, souvenir d’une pièce très moyenne)
L’illusion conjugale pose le triangle habituel de la femme, du mari et du meilleur ami du mari qui… On ne sait pas trop. C’est sans doute là l’intérêt principal de cette pièce qui ne révolutionne sans doute pas le genre mais qui propose une fin pour le moins maligne. Mais reprenons depuis le début : Jeanne décide de faire les comptes avec son mari Maxime en lui soutirant le nombre de conquêtes hors mariage. Si ce dernier avoue un certain nombre d’aventures, elle n’en avoue qu’un seul qui a duré plusieurs mois, ce qui rend à moitié fou le mari qui cherche à tout prix à savoir qui est le coupable. Ses soupçons se portent sur Claude, son meilleur ami, qu’il invite à déjeuner pour en avoir la confirmation. Jusque là, la pièce se déroule comme une habituelle comédie avec une femme faussement ingénue, qui derrière sa manie d’étirer les syllabes comme une élégante légèrement décérébrée cache son petit jeu, et le stéréotype de l’homme-coq bourgeois qui a réussi sur tous les niveaux (professionnel, personnel inclus conjugal et extra-conjugal, même automobile) mais qui ne peut s’empêcher de tomber dans les travers du mâle possessif et de mauvaise foi et de jouer le sot quand il se retrouve dans une situation délicate. La pièce prend du piquant à l’arrivée du meilleur ami, lorsque le jeu s’installe, lorsque ce que le public et le mari soupçonnent se confrontent à l’attitude de la femme et du meilleur ami, lorsque les phrases à double sens et les regards chargés de signification peuvent apparaître comme tels tout comme ils pourraient très bien être innocents. Cette incertitude perdure jusqu’à la fin de la pièce où le rapport de forces se trouve inversé : la femme qui apparaissait comme la victime dans un couple où le mari a multiplié les coucheries se révèle finalement être celle qui a tiré les ficelles de l’intrigue. Il y a une certaine jouissance à laisser le mari douter ce que lui-même et spectateurs sont convaincus. Ce mystère est donc certainement l’attrait essentiel de cette comédie, ainsi qu’une certaine surprise dans une pièce qui dans l’ensemble est d’assez bonne facture (très bons comédiens, décor sobre, pas d’effets comiques vraiment grossiers chose qui me fait toujours un peu peur), mais reste classique et relativement prévisible dans ses effets comiques. Certaines répliques sont drôles et pour le moins acérées, et on rit de certains poncifs bourgeois, mais d’autres ressorts comiques s’étirent en longueur et, même s’ils peuvent être intéressants en soi, ont déjà été vus et revus et perdent donc de leur attrait (comme par exemple cette morale totalement adaptable à ses intérêts qu’a le mari qui peut faire rire un moment mais guère plus).
Au final, la première partie de cette comédie est plutôt ordinaire et peu surprenante, avec les personnages du mari et de la femme assez intéressants mais pas exceptionnels non plus, ce qui comporte un certain risque de vague ennui. Mais le personnage du meilleur ami plus ambiguë et plus intriguant que les deux autres, ainsi que le dénouement qui n’en profite pas pour verser dans une morale bateau du type “il s’est bien fait avoir le salaud” mais s’amuse simplement du retournement de situation, tout en ayant un ton un peu mélancolique qui donne un peu de substance à l’histoire, font tout l’attrait de la pièce, ce qui fait que j’en suis ressortie, sans être particulièrement emballée, avec quand même un sentiment plutôt positif.
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